mars 12, 2008

Interview de David

Alors qu'il pensait disputer sa première grande épreuve depuis deux ans dans la tranquillité, David Moncoutié doit bien se rendre à l'évidence: Paris-Nice 2008 est déjà bien empêtré dans les affaires avant son départ. Le Français, qui a retrouvé le plaisir simple de pédaler après deux années de galère, peine d'ailleurs à comprendre la position de Pat McQuaid qui lui a envoyé mardi soir, comme à tous les coureurs inscrits pour la «Course au soleil», une lettre de menace en cas de participation. Si gros qu'il préfère ne pas y croire.



David Moncoutié se prépare comme si de rien n'était. (La République du Centre)David, comme tous les coureurs qui participent cette année à Paris-Nice, vous avez reçu mardi soir une lettre de menace de la part de Pat McQuaid. Qu'en avez-vous pensé ?
Je me suis dit que c'était bien triste d'en arriver là. De recevoir une lettre de menace à cinq jours d'un départ d'une course. Prendre comme cela les coureurs en otage alors que le cyclisme ne se porte pas bien... J'ai trouvé que les éventuelles sanctions prononcées étaient complètement disproportionnées. Ça l'est tellement d'ailleurs que je n'y crois pas trop.


Cela ne doit pas être simple de se préparer à une course dont on n'est finalement plus si certain qu'elle aura lieu.
Je m'efforce de ne pas trop penser à tout ça. J'essaie de faire abstraction de toutes ces affaires. Jusqu'à présent, on sera au départ de Paris-Nice dimanche. Je ne pense qu'à ça.


Pensez-vous que toutes les équipes et les coureurs vont braver la demande de l'Union Cycliste internationale maintenant qu'il existe de vraies menaces ?
Je ne sais pas. On a quand même un employeur qui nous paie et si celui-ci nous demande de prendre le départ, on est censé lui obéir. A partir du moment où le sponsor nous soutient, je ne vois pas pourquoi les coureurs devraient s'inquiéter. Je pense vraiment que la plupart des coureurs seront là dimanche.


Plus globalement, que vous inspire ce conflit latent entre ASO et l'UCI qui, aujourd'hui, met en péril une course comme Paris-Nice ?
Je pense que toutes ces questions auraient dû être posées durant la trêve hivernale. S'ils souhaitent tous que le cyclisme aille bien, il aurait déjà fallu songer à régler les choses bien avant que la saison ne redémarre. On se rend compte aujourd'hui qu'il n'y a apparemment aucune issue. On a plus qu'à attendre et voir comment les choses vont évoluer.


"2008 est déjà en péril"


N'est-ce pas difficile d'être déjà confrontés à d'aussi gros problèmes en début de saison ?
C'est vrai que ce n'est pas simple puisque la saison démarre seulement vraiment. On voit que rien ne s'est arrangé et 2008 est déjà en péril. Je crois qu'il va vite falloir faire des choix. Soit on garde le calendrier Pro-Tour et il faut que l'UCI et les organisateurs fassent chacun des compromis, soit on revient au cyclisme d'autrefois avec un calendrier indépendant mais qui comptera toujours les grands monuments de notre sport.


Venons-en au sport à proprement parler. Après deux saisons gâchées par les blessures, vous avez renoué avec la compétition en ce début d'année. Quelles ont été vos premières impressions de retrouver le peloton ?
J'ai ressenti du plaisir avant tout. D'autant plus que j'ai retrouvé des sensations très vite. Depuis mes deux chûtes (en 2006, il s'était gravement blessé au genou droit sur le Critérium International et en 2007 il s'était fracturé le col fémoral sur le Tour de Romandie, Ndlr), c'est la première fois que je peux vraiment pédaler sans gêne au niveau de mon genou.


Et on vous a vu de suite aux avant-postes avec une deuxième place au Tour Méditerranéen.
Oui, cela faisait deux ans que je n'avais pas fait un résultat significatif. En faisant deuxième du Tour Méditerranéen, je me suis prouvé que je pouvais encore rivaliser avec les meilleurs. Cela m'a conforté dans le fait que j'allais pouvoir être compétitif.


Cela va-t-il vous faire revoir vos objectifs à la hausse pour Paris-Nice ?
J'y vais pour viser une étape. Il y en a plusieurs vallonnées qui devraient bien me convenir. Je préfère miser sur une victoire d'étape que de m'accrocher comme un fou pour faire une place au général. Cela fait longtemps que je n'ai pas eu à enchaîner huit jours de course. Je sais que ce sera difficile. Mais il faut que j'en passe par là.



Propos recueillis par Régis AUMONT
De Sports.fr